OU VONT CES FEMMES ?

 

 

  © 2008 - Sheldon Heitner

Traduit par Catherine Laurent

 

 

 

Direction … voilà pour le moins une devise pleine de sens. Ainsi vivons-nous dans un univers où sens et direction sont aveuglément respectés.

Nous sommes si pleins de certitudes, de détermination que, dès que nos parents nous lâchent la bride, nous fonçons tête baissée, nous partons à l’assaut du monde malgré les embûches. Jusqu’au jour où, après être tombés nous nous retrouvons face contre terre et prenons conscience d’une autre dimension de la direction : la gravité … et nous nous relevons et, parfois dans un rire, parfois dans les larmes, nous remettons en route.

Tout se passe comme si nous vivions aux tangentes d’un univers cartésien à deux dimensions et que nous passions notre vie à essayer  de retrouver notre voie, de retourner vers les autres dimensions qui sans doute préexistaient à nos souvenirs les plus simples et les plus anciens.

Retourner ?

Serais-je jamais capable de me libérer des chaînes du sens, de la dictature du haut et du bas, de la droite et de la gauche, du lourd et du léger, … ?

 

“Chaque tableau est un moment de spiritualité » dit Roberta.

Et de me pointer du doigt le tableau intitulé « A la quête du bleu parfait ». Elle décroche la toile pour m’en faire découvrir la surface sous une lumière moins vive.

Une Quête ? Est-ce une Quête qui est là, sous mes yeux ?

 Non, ce que je ressens est quelque chose de tout à fait étranger à la Quête. Une Quête implique une direction, elle implique la linéarité, alors que cette toile intense et singulière est à la fois l’une des plus petites par la taille et l’une des plus grandes par l’intensité, par la lumière qui semble en exploser – et pourtant, cette toile est imprégnée d’une quiétude que l’on ressent, même dans ce tourbillon captif ; Nous sommes ici face à une essentielle ABSENCE de direction.

 

Faut-il voir dans ces toiles une expression autobiographique ?

Allons-nous – devrions-nous – suivre l’idée de l’eau jusqu’à cette naissance incisive, jusqu’au monde aquatique d’un liquide amniotique , celui du monde d’avant notre naissance ?

Non !

Non, et encore non, car dans ces notions de naissance et d’autobiographie, nous sommes de nouveau confrontés à cette idée de direction ; ors ici, nulle direction, rien ne compte que « l’Etre », le calme et la méditation …

 

Regarder cette toile.

Oubliez d’où vous venez et où vous allez. Ignorez ce que l’on vous a appris à voir, et oubliez jusqu’à ce que l’on dit de vous. Placez-vous debout, face à ces tableaux et devenez cette jeune femme qui remarquait un jour : « Je me sens comme devant un miroir qui réfléchit la véritable identité des femmes, je ne suis pas face à un étranger. Dans ces tableaux, je nous vois telles que nous nous voyons.”

 

Mais je suis un homme.

Que vois-je ? De l’eau, certes … et pourtant nul rivage.  Aucun repère qui puisse m’indiquer une direction, me donner un sens. Pas de haut, pas de bas. De l’eau, pas de gravité.

Ces tableaux ont-ils été créés à partir de photographies ? A partir de cette technique qui permet à l’infini d’arrêter et le temps, et la lumière ?

 

Allez maintenant à la rencontre des plus grandes toiles

Intégrez le cadre, puis laissez-le se dissoudre, s’évanouir comme un brouillard, jusqu’à ce que vous pénétriez complètement au centre de ces œuvres sans centre.

Promenez-vous le long des lignes fines, des traits incisifs des toiles encadrées, envisagez le cadre, puis laissez –les se fondre en un tout …

Une fois encore, il ne s’agit pas là d’artifices cherchant à attirer votre attention, mais de dialogues sans début et sans fin ; c’est une invitation à l’infini à les pénétrer, à être, à exister avec eux.

 

Où vont ces femmes ?

Nulle part ?

Ou est-ce que poser la question, c’est déjà refuser d’y répondre ?

Il n’y a PAS de direction

Même ces femmes que nous voyons n’existent pas vraiment HORS du moment de représente chaque toile.

Elles ne sont jamais dans l’aller … elle sont simplement là.

Elles sont simplement imprégnées du contexte de leur être qui semble en suspension, et c’est cette suspension même qui nous invite, nous, observateurs, à suspendre nos gestes un instant.